Facteurs de risque et perspectives

  • Les chocs internes et externes causés par la pandémie de Covid-19 ont conduit le pays à la pire récession de son histoire.
  • Les perspectives de risque à CT restent très incertaines, car elles dépendent largement de l'évolution de la pandémie.
  • De bons fondamentaux et une gestion macroéconomique stable garantiront la résilience du pays et lui permettront de surmonter la crise.
  • Les risques de violences politiques et de terrorisme liés aux groupes islamistes figurent parmi les principaux risques du pays à MLT.
  • La notation actuelle du risque politique de Credendo devrait être maintenue au cours des prochains mois.

Faits & Chiffres

Forces

  • Politiques macroéconomiques disciplinées et stables
  • Bons fondamentaux macroéconomiques
  • Abondants envois de fonds des travailleurs expatriés
  • Main-d'œuvre jeune et qualifiée

Faiblesses

  • Vulnérabilité face à la guerre commerciale et à la montée du protectionnisme
  • Lacunes en matière d'infrastructures
  • Persistance d'une grande pauvreté
  • Risque élevé de terrorisme dans le Sud musulman

Chef d'État et de gouvernement

  • Rodrigo Duterte

Population

  • 108,1 millions

PIB par habitant

  • 3 850 USD

Groupe de revenus

  • Revenu moyen inférieur

Évaluation du risque pays

La pandémie de Covid-19 a gravement affecté l'économie et a assombri les perspectives à court terme

Credendo classe le risque politique à MLT aux Philippines en catégorie 3/7 depuis mai 2013. La stabilité de cette bonne notation reflète la qualité des fondamentaux économiques et financiers du pays. Ces derniers se sont toutefois détériorés à la suite du choc de la pandémie de Covid-19, car l'effondrement de la demande extérieure et intérieure a entraîné la pire récession que le pays ait jamais connue, la première depuis la crise asiatique de 1998, avec une contraction annuelle du PIB réel prévue de 3,6 %. L'économie devrait cependant connaître une forte reprise l'année prochaine, avec une remontée à 6,8 % (voir graphique ci-dessous). Toutefois, ces chiffres doivent être considérés avec une grande prudence, car ils pourraient être revus à la baisse en fonction de la gravité et de la durée de la pandémie.

 

L'économie philippine connait actuellement une lourde crise. L’archipel pourrait voir son déficit de compte courant se creuser considérablement cette année (de 0,1 % du PIB en 2019 à 2,3 % en 2020 selon les prévisions). Cette situation s'explique par la nette diminution des exportations due à la faiblesse de la demande extérieure (provenant des marchés clés de Chine, du Japon et des États-Unis), par la rupture des chaînes d'approvisionnement et par l'un des confinements les plus stricts au monde à Manille et sur l'île de Luçon, la plus grande et la plus importante sur le plan économique, qui a frappé de plein fouet le secteur manufacturier et l'activité commerciale. L'effondrement des exportations, combiné au recul prononcé des recettes du tourisme et des envois de fonds des travailleurs, traditionnellement résistants et importants, qui représentent tous deux plus de 27 % des recettes totales de compte courant en 2019, devrait au total dépasser la consommation intérieure plus faible cette année, creusant ainsi le déficit de compte courant. Au cours du premier semestre, c’est toutefois le contraire qui s'est produit, le recul des importations résultant de la chute de la demande intérieure a été plus important encore que l'impact négatif sur les exportations. Cela montre à quel point les prévisions pour les mois à venir restent incertaines. En outre, la demande mondiale croissante d'articles électroniques, à la suite de la pandémie de Covid-19, pourrait à l’avenir soutenir une composante importante du secteur des exportations philippines.

Après une certaine pression sur les financements extérieurs au cours des premiers mois de l'année, le peso philippin a fait preuve de résilience, soulignant la confiance dans une situation économique qui devrait s'améliorer dans un avenir post-Covid-19, compte tenu de fondamentaux solides et de l'optimisme dans l'efficacité des politiques macroéconomiques. Cela étant dit, en termes de demande intérieure, élément crucial, les importantes pertes de revenus et d'emplois intervenues récemment atténueront la croissance pendant un certain temps encore. En ce qui concerne le secteur extérieur, la tendance protectionniste mondiale pourrait nuire à l'économie philippine ouverte, alors que, dans le même temps, elle bénéficie d'une intégration économique régionale croissante.

Compte tenu du niveau élevé d'incertitude, les perspectives de risque à court terme ont tendance à se dégrader, et dépendront fondamentalement de la maîtrise de la pandémie (autrement dit, pas avant qu'un vaccin soit largement disponible). Comme on l'a vu le mois dernier, la résurgence des infections de Covid-19 a conduit à la réinstauration de mesures de confinement plus strictes pendant plusieurs semaines. Cela maintient la confiance des consommateurs et des entreprises à un faible niveau et retarde une reprise économique forte. 

De bons fondamentaux permettront à une économie secouée de surmonter ce choc sans précédent

Bien que la pandémie de Covid-19 constitue un choc économique de taille pour les Philippines, le pays dispose des outils et des capacités nécessaires pour le surmonter. Le gouvernement a réagi en procédant à un assouplissement monétaire agressif (notamment des réductions des taux d'intérêt) et en adoptant un plan budgétaire solide (environ 3,3 % du PIB) axé sur les investissements dans les infrastructures et le soutien à la consommation. Plus foncièrement, les Philippines disposent de fondamentaux solides, comme en témoigne la notation du risque politique à MLT. Le pays enregistre une croissance moyenne forte (6,3 % depuis la crise de 2008/2009), et a une économie diversifiée, caractérisée par les importants secteurs manufacturiers et de services (y compris l'important secteur de l'externalisation des entreprises). La dette publique est modérée (moins de 40 % du PIB en 2019), le pays dispose de réserves de change confortables (couvrant plus de 7 mois d'importations, ce qui explique pourquoi la note de risque politique à CT de 2/7 est restée inchangée jusqu'à présent), et la dette extérieure et le service de la dette sont faibles. Même si ces facteurs sont voués à une détérioration à court terme, cette situation macroéconomique favorable est renforcée par les politiques gouvernementales stables et disciplinées mises en œuvre au cours de la dernière décennie.

Même sous le régime non conventionnel du président Duterte - surtout connu pour sa guerre controversée contre la drogue - les Philippines ont poursuivi sur la voie de la réussite économique, celui-ci ayant appliqué des politiques favorables aux entreprises et aux investissements. Les perspectives à MLT devraient être stimulées par le développement des infrastructures (dans le cadre du programme « Build, Build, Build ») et une politique chinoise pragmatique qui donne la priorité aux avantages économiques sur les revendications de souveraineté sur les droits maritimes en mer de Chine méridionale. Cela étant dit, la présidence de M. Duterte a été caractérisée par une attitude plus autoritaire et il n'est pas certain que son successeur poursuivra sur cette trajectoire d'érosion démocratique (et maintiendra la relation plus pacifique avec la Chine) au terme du mandat de 6 ans de M. Duterte en 2022. En outre, le pays reste frappé par la violence politique, les tensions communautaires et le terrorisme, principalement dans l'île méridionale de Mindanao. L'année dernière, le gouvernement fédéral a accordé une large autonomie à la majeure partie de la région par le biais de la « loi organique Bangsamoro », espérant ainsi améliorer les perspectives de stabilité et de risque sécuritaire dans la région. Néanmoins, l'instabilité reste un problème majeur et, comme on l'a vu récemment, la menace de l'E.I. et les groupes rebelles non participants sont là pour poursuivre les attaques terroristes. La plus grande menace vient d'Abu Sayyaf, affilié à l'E.I. En effet, les Philippines - où l'armée a dû se battre pendant plusieurs mois en 2017 pour libérer Marawi, la deuxième ville du pays, de centaines de djihadistes - sont considérées comme une cible par l'E.I. pour y établir un futur califat asiatique.

Tenant compte de tous les fondamentaux macroéconomiques et facteurs de risque susmentionnés et du choc économique sans précédent dû à la pandémie de Covid-19, Credendo conserve une perspective positive pour la notation du risque politique à MLT des Philippines. La note devrait rester à 3/7, en supposant que la pandémie de Covid-19 soit largement maîtrisée à un moment donné en 2021.

Analyste : Raphaël Cecchi – r.cecchi@credendo.com