Facteurs de risque et perspectives

La stabilité interne demeure la première priorité du nouveau Président Xi Jinping. Confronté à des défis politiques et sociaux considérables, il devra mettre en œuvre des réformes afin, entre autres, de restaurer la crédibilité du parti communiste et d’inverser l’écart croissant de richesse. Sur le plan extérieur, les tensions resteront élevées en mer de Chine vu que la Chine s’affirme davantage. La Chine est entrée dans une nouvelle ère de croissance moins forte, mais qui n’en demeure pas moins soutenue. Alors que l’économie rebondit, l’indispensable rééquilibrage du modèle au profit de la consommation devrait être long et délicat. Les perspectives économiques de la Chine sont assombries non seulement par un tassement de la demande extérieure, mais aussi par une bulle immobilière et la dégradation du secteur bancaire. Les finances publiques sont viables en dépit d’un important endettement des autorités locales, tandis que la Chine présente un faible risque d’illiquidité extérieure.

Faits & Chiffres

Forces

  • Stabilité politique
  • Fondamentaux économiques solides
  • Large capacité financière (créancier extérieur net) et ratios d’endettement faibles
  • Taux élevé d’épargne privée et des entreprises

Faiblesses

  • Banques menacées par la bulle immobilière et problèmes de service de la dette des autorités locales
  • Agitation sociale croissante
  • Stimulation des réformes entravée par le capitalisme d’État et les intérêts partisans
  • Dynamique démographique défavorable

Principales exportations

  • outillage & équipement électrique (20% des recettes de compte courant), machines et appareils mécaniques (16%), textile/vêtements (10,3%), métaux de base & articles dérivés (5,7%), véhicules & équipements de transport (4,6%)

Groupe de revenus

  • revenus moyens supérieurs

Revenu par habitant (USD)

  • 4,270

Population

  • 1,34 mia

Congrès national du parti

  • tous les cinq ans; le prochain doit avoir lieu en 2017

Premier ministre

  • Li Keqiang (en mars 2013)

Président (en mars 2013) et Secrétaire général du Parti communiste chinois

  • Xi Jinping

Évaluation du risque pays

Les nouveaux dirigeants politiques doivent relever de grands défis

En novembre dernier, une nouvelle génération de dirigeants du Parti communiste chinois (PCC) – avec un Comité permanent du bureau politique (CPBP) ramené de neuf à sept membres, tous nouveaux – a été choisi pour cinq années lors du 18e Congrès national du parti. En mars, Xi Jinping et Li Keqiang, les deux nouveaux hommes forts de la Chine, succéderont officiellement à Hu Jintao et Wen Jiabao  respectivement en tant que président et premier ministre, après dix années d’exercice du pouvoir. Cette transition politique décennale s’est effectuée dans l’opacité et a été marquée par des affrontements entre factions du PCC, en particulier entre les conservateurs et les réformateurs. La victime la plus notoire en a été sans conteste Bo Xilai, le populaire ex-secrétaire du parti de Chongqing et étoile montante du clan conservateur. Certains voyaient en lui un prétendant possible à la plus haute fonction et, en tant que néo-maoïste, il était favorable à une restauration partielle de l’enseignement et des valeurs du maoïsme. Le PCC l’a toutefois exclu pour son implication dans un vaste scandale de corruption et d’abus de pouvoir. En fait, son éviction était probablement tout autant dictée par la lutte idéologique et pour le pouvoir avec les réformateurs.

Le nouveau président Xi Jinping devrait se montrer consensuel. Il visera assurément à préserver la stabilité politique sous le régime du parti communiste unique. À l’instar de son prédécesseur Hu Jintao, en dépit d’espoirs de réformes, il pourrait décevoir, essentiellement en tentant de garantir la continuité au   sein de ce qui apparaît comme étant un Comité permanent du bureau politique (CPBP) toujours largement conservateur. Toutefois, même si aucun changement politique radical ne devait intervenir en raison d’un processus décisionnel collectif et équilibré au sein du CPBP ainsi que de la résistance de multiples parties prenantes puissantes (par ex. armée, entreprises étatiques…), il semble inévitable que Xi Jinping soit contraint d’au moins mettre en œuvre des réformes mineures.

Après tout, pour garantir la survie à long terme du pouvoir du parti communiste, le président chinois devra adapter le système politique afin qu’il reflète l’évolution rapide que connaît la société chinoise et rencontre les attentes croissantes en termes d’ouverture et de transparence qui émanent notamment d’une classe moyenne plus importante. Cela dépendra de la capacité qu’aura Xi Jinping à faire triompher le pragmatisme au détriment du statu quo dans un cadre politique démodé. La crédibilité du PCC, principalement au niveau local, a été sérieusement ternie au fil des années par des scandales de corruption qui ont frappé des cadres du parti ainsi que par l’enrichissement des élites et des intérêts partisans. Sans nullement menacer le monopole du PCC, les réformes politiques pourraient inclure un changement au profit d’élections (du parti) au-delà du niveau local et une plus grande transparence comme moyen d’améliorer la gouvernance. La lutte contre une corruption locale bien ancrée et le développement du système de sécurité sociale seront deux objectifs importants servant à évaluer la présidence de Xi Jinping.

Le mandat de Xi Jinping devrait être plus difficile que celui de Hu Jintao étant donné la crise de légitimité que connaît le PCC suite au durcissement des conditions économiques et à l’écart croissant de richesse qui exacerbe la conscience d’injustices sociales. L’objectif, maintes fois réitéré par Hu Jintao, de bâtir une société harmonieuse a été manifestement un échec jusqu’à présent, malgré une croissance continue à deux chiffres. Les manifestations de masse (plus de 180.000 en 2011), alimentées par le mécontentement à propos des conditions de travail, la pollution ou la confiscation des terres, ne cessent de prendre de l’ampleur au niveau local. Cependant, à défaut de réformes, le risque d’agitation nationale augmentera au fil du temps. Dans ce contexte, l’octroi de droits fonciers aux paysans et l’amélioration du statut et des droits sociaux des travailleurs migrants pourraient représenter deux importants pas en avant. On s’attend à une poursuite de la mobilisation sociale et de la pression publique sur les autorités suite à l’explosion des réseaux sociaux qui renforcent la société civile en accroissant la sensibilisation par la diffusion plus rapide de l’information et à un public plus large, ce qui entrave le contrôle du PCC.

Regain de tensions en mer de Chine

Alors que la Chine est confrontée à des risques sécuritaires intérieurs de longue date dans les provinces du Tibet et de Xinjiang, les tensions récentes sont principalement dues à des différends à propos d’îles qui l’opposent à ses voisins asiatiques. En raison de questions de souveraineté non résolues, les affrontements maritimes portant sur des îles situées dans la mer de Chine orientale (îles Senkaku/Diaoyu) et la mer de Chine méridionale (îles Spratly et Paracel) devraient se multiplier et devenir le principal risque de sécurité extérieure pour les années à venir. L’Asie pourrait de ce fait devenir le point chaud mondial du risque de conflits transfrontaliers. Ces derniers mois, la Chine a fait l’étalage nationaliste de sa force, s’affirmant davantage au niveau régional. Une situation qui engendre régulièrement des rapports tendus avec ses homologues régionaux (à savoir Vietnam, Philippines,…) impliqués dans les différends. Ces derniers ont en effet choisi de resserrer leur coopération militaire avec les États-Unis et d’accroître leurs dépenses en matière de défense.

Les tensions sont devenues particulièrement fortes avec le Japon à propos des îles Senkaku/Diaoyu,   suite à la nationalisation japonaise des îles. Les manifestations de masse en Chine ont frappé durement le commerce et les exportations japonaises. Étant donné leur histoire commune agitée et sensible, ainsi que la concurrence économique qui les oppose au niveau régional, les perspectives sont sombres vu la   crainte d’une position plus conflictuelle. D’une part, Xi Jinping voudra affirmer son nouveau leadership, et d’autre part, le Japon est dirigé par un premier ministre plus nationaliste et militariste depuis décembre 2012, ce qui est de mauvais augure dans le cadre d’une réduction des tensions entre les deux premières puissances économiques d’Asie. Même si la priorité restera à la realpolitik et au pragmatisme, il existe un risque manifeste d’escalade en cas d’affrontements mal calculés entre vaisseaux dans ces zones.

Dans le même temps, alors que les relations bilatérales avec Taiwan se sont apaisées même si le statut futur de cette dernière n’a pas été résolu, la situation reste plus dangereuse avec l’allié nord-coréen de la Chine en raison de son programme nucléaire et du récent lancement réussi d’un missile à longue portée. Il existe peu d’espoirs d’assister à une quelconque évolution ou un quelconque changement politique notable de la rhétorique belliqueuse sous la gouvernance du plus jeune leader Kim Jong-un. Toutefois, de timides réformes économiques, marquées par un soupçon d’ouverture et une amélioration des relations avec le nouveau leader sud-coréen, pourraient voir le jour. La Chine devrait continuer de soutenir Pyongyang sur le plan diplomatique, économique et financier, tout en maintenant les risques d’instabilité régionale qui résultent de la nature incertaine du régime stalinien.

Une nouvelle ère économique sur fond de ralentissement de la croissance a débuté, avant que la consommation ne devienne le moteur principal

Le modèle de croissance économique rapide de la Chine (plus de 10% au cours des 30 dernières années) est devenu insoutenable. Il repose en effet sur une main-d’œuvre bon marché et une production intensive de ressources naturelles, guidée principalement par les investissements – près de 50% du PIB – et les exportations. La Chine ne peut pas se limiter à de simples ajustements pour éviter le piège des revenus moyens. Elle a besoin d’un changement de modèle économique dans lequel la consommation intérieure – qui se situe actuellement à 34% du PIB – est un moteur essentiel, la production progresse dans la chaîne de valeur et nécessite moins d’énergie, le capital est mieux utilisé et la qualité prime sur la quantité. Un tel changement engendrerait un tassement de la croissance moyenne qui pourrait être tolérable dans la société chinoise vieillissante, avec une main-d’œuvre qui devrait commencer de diminuer en 2015.

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Le fait que l’économie chinoise, qui a connu un atterrissage en douceur depuis 2011, ait connu en 2012 la croissance la plus faible (moins de 8%) de ce siècle n’est pas fortuit ou clairement cyclique, mais reflète une nouvelle réalité macroéconomique et un nouvel environnement international. Il s’agit de la conséquence non seulement du durcissement monétaire opéré depuis 2011 et des corrections intervenues dans le marché de l’immobilier, mais aussi d’un recul des IDE et d’un tassement persistant de la demande extérieure tant en provenance de l’UE que des États-Unis, tous deux en crise.

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En outre, la compétitivité du secteur chinois des exportations s’est érodée au fil du temps, suite à l’augmentation constante des salaires et des coûts d’exploitation qui ont tendance à faire des provinces intérieures de la Chine et des pays asiatiques « à faibles coûts » (par ex. Cambodge, Indonésie, Vietnam) des destinations plus attractives pour la (dé)localisation des activités de fabrication. La Chine doit dès lors réduire sa vulnérabilité extérieure et rééquilibrer son économie. Outre une tendance à la hausse des ventes de détail engendrée par une classe moyenne plus importante, cet objectif implique de faire un pas décisif en avant dans le développement du filet de sécurité sociale chinois. Il est en effet nécessaire d’encourager la consommation et de réduire le taux d’épargne très élevé des ménages (25% du revenu disponible). C’est pourquoi le gouvernement s’est engagé à mettre sur pied un système de pension et de soins de santé plus large d’ici à 2020.

Le taux d’épargne élevé de la Chine est l’un des facteurs qui expliquent l’imposant excédent de compte courant, dont le ratio avec le PIB a néanmoins progressivement et fortement diminué depuis 2007, retombant de 10,1% à un pourcentage prévu de 2,3% en 2012. L’atténuation des déséquilibres extérieurs a surtout été le fruit de la chute des exportations provoquée par la crise économique mondiale, puis d’une croissance plus modérée due à la faiblesse de la demande étrangère. L’approche graduelle et prudente de Pékin face à un changement structurel de modèle économique, la poursuite de la diversification géographique des exportations vers les pays en développement et l’appréciation limitée du renminbi (RMB) pourraient contribuer à une légère hausse de l’excédent de compte courant.

Le litige avec les États-Unis à propos de la sous-évaluation du RMB s’est progressivement apaisé suite à l’appréciation graduelle du RMB en termes nominaux par rapport au USD (+5% en 2011 et plutôt stable en 2012), ce qui a rapproché leur taux de change d’un niveau d’équilibre et contribué à réduire l’excédent de compte courant de la Chine. Par ailleurs, le Banque populaire de Chine (PPC) a décidé, au printemps dernier, de porter la bande de fluctuation journalière du taux de change du RMB par rapport au USD de 0,5 à 1%, le rendant plus flexible et réactif à la demande du marché. Ce changement n’est pas significatif, mais il a démontré une fois de plus la volonté affichée par la Chine de rééquilibrer son économie et de réduire les pressions inflationnistes importées. L’élargissement de la bande de fluctuation permet aussi une dépréciation temporaire lors d’un fléchissement de la dynamique économique chinoise. Dans le futur, l’appréciation du RMB sera plus limitée que dans le passé. En effet, Pékin fera également preuve de prudence afin de ne pas accabler un secteur des exportations en difficulté.

Les autorités centrales ont intégré, en partie, l’indispensable nouveau paradigme dans leur 12e Plan quinquennal (2011-2015) en fixant un objectif de croissance de 7%, soit un taux moins ambitieux que  dans le passé. Le problème pour le réaliser tient dans des objectifs généralement différents des autorités locales qui visent à atteindre des niveaux de croissance supérieurs afin de générer une augmentation des recettes fiscales, à favoriser les ambitions de carrière au sein du PCC et est le fruit d’intérêts partisans dans les entreprises étatiques (EE). Par conséquent, il est primordial que Pékin contrôle et guide mieux les autorités locales en vue de garantir la pérennité économique et la réussite de la mise en place de la politique. L’action du gouvernement central sera également entravée par la résistance politique et un niveau limité d’acceptation sociale – étant donné le besoin d’une réduction de l’intensité de main-d’œuvre et d’activités graduellement plus qualifiées. Le processus de rééquilibrage pourrait dès lors prendre pas mal de temps.

Dans l’intervalle, les perspectives économiques restent positives, avec des prévisions de croissance moyenne du PIB de 8,5% en 2017, ce qui confirme la stabilisation de la croissance à un niveau inférieur, mais néanmoins soutenu. La Chine devrait donc continuer d’asseoir son rôle de superpuissance économique et rester le premier moteur de la croissance mondiale. La relance économique est alimentée par une politique monétaire expansionniste graduelle et modérée – rendue possible par le retour de l’inflation des prix à des niveaux bien en dessous de l’objectif de 4% fixé par le gouvernement – et en particulier par des projets d’infrastructure (notamment transports). Toutefois, le gouvernement central a tiré les enseignements de l’absence d’un vaste plan de relance s’appuyant sur les investissements, comme à la suite de la crise économique et financière mondiale de 2008/2009. Cette option n’est plus envisageable car Pékin veut éviter d’aggraver les déséquilibres structurels tels qu’une bulle immobilière, l’augmentation de l’endettement des autorités locales et des créances douteuses des banques, et la surcapacité dans différents secteurs (par ex. acier, production automobile, industrie solaire,…).

La bulle immobilière et la dégradation du secteur bancaire : deux risques qui plombent les perspectives

Outre une transition économique délicate, la Chine doit faire face à trois principaux risques (étroitement liés) concernant ses perspectives économiques. Primo, la menace d’un éclatement de la bulle immobilière – le résultat d’épargnes excessives et d’une stimulation des constructions de la part des autorités locales – n’a pas disparu, même si des mesures correctrices ont temporairement tempéré le marché de l’immobilier par un tassement modéré des prix et des ventes. Toutefois, depuis l’été dernier, les prix ont rebondi dans les grandes villes en raison d’une demande constamment soutenue émanantdes revenus élevés. C’est la raison pour laquelle, tout en continuant d’afficher leur détermination à contenir les  hausses de prix par des restrictions administratives, les autorités centrales soutiennent d’importants investissements dans le logement social afin de rendre les prix plus abordables pour les nombreux ménages à faible revenu et éviter l’instabilité sociale. Pékin devra trouver le bon équilibre entre d’une part, la mise en œuvre d’une politique restrictive visant à éviter d’alimenter la bulle, et d’autre part, le soutien d’un segment important du secteur crucial pour l’économie nationale qu’est celui de la construction (soit 12% du PIB et environ la moitié des investissements fixes de la Chine). Bien qu’il puisse être atténué par une urbanisation galopante constante, il existe un risque majeur que les prix finissent tôt ou tard par chuter et frappent de plein fouet les promoteurs immobiliers, les banques et l’économie nationale.

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Secundo, le secteur bancaire constitue une autre faiblesse future potentielle. Toujours dominé par les banques d’État (BE), le secteur est relativement solide et bien capitalisé, mais il s’est dégradé suite au programme de relance colossal en 2009-10, étant donné que les BE ont massivement prêté aux EE et autorités locales afin de financer leurs investissements de construction, dont beaucoup étaient de piètre qualité. Par conséquent, les créances douteuses (CD) ont augmenté considérablement, dépassant très probablement de loin les faibles niveaux officiels faisant état de quelques pour cent. Ils devraient continuer d’augmenter, étant donné leur vulnérabilité au ralentissement économique et aux projets immobiliers chancelants, ce qui accroît le risque de cessation de paiements. Quoi qu’il en soit, la situation demeure gérable, et depuis 2011, des mesures de contrôle ont été mises en place afin de réduire l’offre excessive de crédit et plafonner les prêts des banques.

Outre un accès constamment limité au crédit des BE, les sociétés privées ont été contraintes de trouver d’autres sources de financement. Par conséquent, afin de contourner les restrictions qui frappent le système bancaire officiel, un « système bancaire parallèle » moins régulé a vu le jour – autrement dit, en dehors du système bancaire classique dans lequel de multiples entités (par ex. principalement des sociétés de fiducie, mais aussi des sociétés de valeurs mobilières ou des sociétés industrielles) accordent des prêts à des taux d’intérêt nettement supérieurs. Dans un climat de ralentissement de la croissance économique, le système bancaire se dégrade et alimente ainsi les risques financiers globaux. Le scénario le plus noir serait celui d’une vague de faillites parmi les investisseurs (par ex. PME, promoteurs immobiliers) incapables de rembourser leurs charges d’intérêt, ce qui déclencherait une vague de cessations de paiements parmi les « entités bancaires parallèles ». Une telle situation pourrait aussi avoir des répercussions sur les banques commerciales, par le biais de leur coopération avec les sociétés de fiducie. Le risque systémique s’est accru. En effet, les produits financiers deviennent plus complexes et l’on estime que la valeur totale du financement aurait atteint le pourcentage énorme de 25% du PIB. Il est dès lors impératif de mieux réguler le secteur bancaire informel.

Il est également nécessaire de faire le ménage dans les CD, d’améliorer les pratiques de gestion des risques et de réformer le secteur de l’immobilier. Certaines des dernières mesures citées sont toutefois entravées par de puissants groupes d’intérêts (par ex. BE). En dépit d’une grande rentabilité, les BE opèrent dans un contexte plus difficile car elles doivent faire face à des règlements plus stricts (par ex. exigences de fonds propres plus élevées), une concurrence accrue sur le marché (stimulée par la banque centrale) et l’accroissement des risques de cessation de paiements de la part des autorités locales (voir ci-dessous). Dans ce contexte général de plus grande vulnérabilité sur fond de besoin de réforme du secteur financier, la recapitalisation des BE demeure une mesure envisageabledans le futur.

Des finances publiques gérables qui nécessitent une réforme fiscale

Tertio, l’important endettement des autorités locales (à savoir villes, provinces et districts) – qui monte en flèche après des emprunts massifs souscrits auprès des BE afin de financer des projets d’infrastructure en 2009-2010 – est encore et toujours le principal fardeau des finances publiques chinoises. Alors que la dette officielle totale du gouvernement chinois s’établit à 43% du PIB, des sources non officielles avancent un ratio plus élevé qui pourrait s’élever à 60-70% si l’on inclut les passifs éventuels (par ex. pertes futures liées aux CD, engagements de retraite non provisionnés,…). Confrontée au spectre du défaut de  paiement sur les échéances à court terme, Pékin a ordonné aux BE, en février dernier, de restructurer la dette des autorités locales et d’allonger les échéances jusqu’à quatre ans, autrement dit, quand les investissements généreront des liquidités. Étant donné la piètre liquidité des autorités locales, exacerbée par le tassement des ventes foncières et des prix qui les contraint à contracter de nouvelles dettes, il pourrait être décidé d’allonger les délais applicables aux emprunts qui arrivent à échéance en 2013, soit la moitié du total.

Pékin est préoccupée par les problèmes de refinancement et a dès lors déjà mis en œuvre quelques actions pilotes telles que l’émission d’obligations par quelques métropoles et provinces, ainsi qu’un programme de taxe immobilière. Toutefois, vu l’ampleur du problème – avec 30% des dettes des autorités locales en risque de défaut de paiement – et le risque d’une poursuite de cette dégradation, une mise en œuvre à une échelle plus large est absolument nécessaire. Une réforme majeure du système fiscal s’impose pour éviter le surendettement. Elle viserait à améliorer structurellement les finances des  autorités locales, étant donné qu’elles représentent 70% des dépenses publiques chinoises tout en  retirant moins de 50% des recettes budgétaires totales.

L’ampleur de la dette publique chinoise totale pourrait limiter les incitants fiscaux futurs. Toutefois, pour l’heure, vu en particulier les problèmes de service de la dette rencontrés par les autorités locales, les finances publiques chinoises sont davantage confrontées à un risque de liquidité que de solvabilité. Après tout, avec une dette publique essentiellement libellée en RMB, un taux de croissance soutenu du PIB qui devrait rester supérieur au taux d’intérêt sur la dette publique, un léger déficit budgétaire chronique, et une dette souveraine dont le niveau se situe bien en deçà de ceux atteints par les économies avancées, la dette publique chinoise semble rester viable.

La libéralisation financière progresse lentement

En dépit de son poids considérable et croissant dans le commerce et l’économie mondiaux, la Chine est toujours en phase de transition vers une économie de marché, vu que le capitalisme d’État maintient la prééminence des EE dans de vastes pans de l’économie nationale – et les soutient en premier lieu en période de crise – et que de nombreux prix sont toujours gérés de manière centralisée. Les sociétés privées dynamiques et innovatrices contribuent de plus en plus à la croissance intérieure, mais Pékin n’envisage pas la moindre réduction de la forte présence de l’État dans les principales industries (pétrole, télécoms, compagnies aériennes, banques, charbon, acier,…) au cours des prochaines années. Au contraire, la renationalisation ou l’accroissement de la participation publique refait son apparition dans plusieurs secteurs quand la dynamique économique mollit. On trouve néanmoins des exemples dans lesquels la libéralisation et les réformes structurelles sont sur les rails, notamment en matière de taux d’intérêt (par ex. libéralisation reprise en juin dernier), de compte de capital et d’utilisation du RMB. D’autres mesures ont été prises afin d’assouplir les contrôles des capitaux et étendre l’internationalisation du RMB, principalement via Hong Kong et le commerce bilatéral, en particulier avec les pays asiatiques. La politique de libéralisation se poursuivra progressivement, mais la convertibilité intégrale ou large du RMB demeure une perspective lointaine étant donné que Pékin – en particulier les conservateurs du PCC– entend préserver au mieux le système financier des chocs extérieurs et des flux spéculatifs.

Une dynamique de la dette favorable, des liquidités extérieures abondantes

En valeur nominale, la dette extérieure de la Chine, dont seulement 5% provient de l’État – un signe de l’approche de l’État de vouloir se financer principalement sur le marché intérieur – a fortement augmenté depuis 2009, faisant plus que doubler, pour passer de 428,7 mia USD à 944,2 mia USD prévus pour 2012. Toutefois, la production économique résistante et robuste a quelque peu contenu la hausse du ratio de dette extérieure, de 8,6 à 11,4% du PIB. Cette tendance haussière, due principalement à l’évolution de la dette à court terme, devrait se poursuivre à partir toutefois de niveaux très bas et maintiendra dès lors la dette extérieure totale de la Chine dans des limites viables.

Les liquidités extérieures sont même plus confortables, car la Chine, en tant que l’un des principaux créanciers mondiaux, détient d’abondantes réserves de devises qui représentent plus de trois fois sa dette extérieure. Après avoir enregistré une croissance énorme au cours de la dernière décennie, alimentée par des exportations et IDE soutenus, la croissance des devises est en perte de vitesse significative (à un niveau à un seul chiffre) depuis 2008, principalement suite au tassement de l’excédent de compte courant. Par conséquent, la couverture des importations a chuté à moins d’un an et demi, ce qui demeure un seuil élevé et ôte toute crainte d’illiquidité extérieure pour la Chine.

Perspectives en matière de risques

Les classifications des risques politique et commercial resteront inchangées dans un futur proche. Toute détérioration de ces risques sera directement ou indirectement liée à des évolutions négatives concernant plus particulièrement la crise dans la zone euro, le changement engagé mais difficile en matière de modèle économique, l’élargissement du système de sécurité sociale, la bulle immobilière, les réformes politiques et les tensions en Mer de Chine.

Analyste:The Risk Management Team, r.cecchi@credendogroup.com