Facteurs de risque et perspectives

Le deuxième mandat présidentiel de Yudhoyono n’a pas vraiment été à la hauteur, mais la stabilité politique devrait être préservée après les élections de 2014. Le climat de sécurité est encore perturbé par la violence communautaire, principalement alimentée par les islamistes radicaux. L’Indonésie a fait preuve d’une grande résilience aux chocs extérieurs grâce à des fondamentaux solides et une forte demande intérieure qui contribue toutefois à accentuer le déficit du compte courant. Au cours des prochains mois, le ralentissement de la demande chinoise de produits de base et la crise dans la zone euro resteront deux risques économiques majeurs. Les besoins futurs de financement extérieur devraient être couverts par l’augmentation du volume des IDE, à condition que le nationalisme des ressources émergent n’entrave pas la dynamique des investissements. Il est probable que l’Indonésie continue d’assainir ses finances publiques, même si une réforme fiscale demeure nécessaire pour financer les dépenses futures nécessaires, notamment en infrastructure. Le secteur bancaire est sain et les niveaux de dette extérieure du pays devraient rester plutôt viables.

Faits & Chiffres

Forces

  • Stabilité politique consolidée
  • Forte demande intérieure
  • Soutien d’un grand secteur des matières premières
  • Dette (publique) extérieure réduite

Faiblesses

  • Goulets d’étranglement dans l’infrastructure
  • Subsides énergétiques
  • Violence communautaire, menace terroriste venant d’islamistes radicaux
  • Environnement économique difficile

Principales exportations

  • pétrole & gaz (16,6% des recettes de compte courant), charbon (11,8%), huile de palme (7,6%), caoutchouc traité (6,2%), textile (5,8%), produits métalliques de base (5,2%), appareils électriques (5,1%), tourisme (3,5%)

Groupe de revenus

  • revenus moyens inférieurs

Revenu par habitant (USD)

  • 2.500

Population

  • 248,6 m

Description du système électoral

  • législatif: mandat de 5 ans; prochaine élection: 2014

Description du système électoral

  • présidentiel: mandat de 5 ans; prochaine élection: 2014

Chef d’État et de gouvernement

  • Président Susilo Yudhoyono

Évaluation du risque pays

La stabilité politique va probablement perdurer au-delà des élections de 2014

La dynamique positive qui a soutenu le premier mandat du président Yudhoyono semble bien éloignée. En effet, son deuxième mandat a été marqué par une popularité déclinante, notamment en raison de scandales de corruption qui ont touché son propre Parti démocratique (PD) et par une apathie politique généralisée. Yudhoyono a assis une stabilité politique et une continuité démocratique pratiquement préservées de violence politique, mais a déçu, ces dernières années, quant à réduire la pauvreté et développer les infrastructures. Il a préféré accepter des compromis modestes pour préserver l’unité de sa coalition et garder le contrôle de la situation plutôt que de lancer des réformes ambitieuses. Par conséquent, il ne faut pas s’attendre à grand-chose avant 2014 dans la perspective des prochaines élections générales. Le parti Golkar – qui appartient à la coalition au pouvoir et est dirigé par Aburizal Bakrie, un des hommes d’affaires les plus riches d’Indonésie – fait figure de favori pour l’instant, loin devant le Parti démocratique indonésien de lutte et le PD au pouvoir. Si Bakrie devait l’emporter, sa politique pourrait être assez préjudiciable aux réformes libérales et aux IDE, dans le droit fil de quelques mesures protectionnistes récentes du gouvernement Yudhoyono, en particulier dans le secteur minier, dans lequel Bakrie et sa dynastie familiale ont de nombreux intérêts économiques.

Toutefois, une voie médiane pragmatique entre l’ouverture aux IDE et la protection des intérêts nationaux caractérisera plus que probablement la politique gouvernementale au-delà de 2014.

Quoi qu’il en soit, sa victoire n’est pas encore acquise, car sa réputation reste sérieusement ternie par un énorme désastre écologique provoqué par son groupe en 2006.

Des risques subsistent en matière de sécurité malgré certaines améliorations

Le renforcement de la lutte contre le terrorisme est une réussite évidente de la présidence de Yudhoyono. Jemaah Islamiyah (JI), le plus grand réseau terroriste et islamiste régional, a été affaibli par une intensification des mesures de répression prises par les services secrets nationaux qui ont abouti à de nombreuses arrestations et morts parmi les grandes figures de JI. Le mouvement est toutefois loin d’avoir été démantelé et le climat de sécurité est toujours empreint de violence religieuse et communautaire. Le militantisme islamique demeure un risque majeur pour la stabilité intérieure du plus grand pays musulman du monde – même si le soutien populaire aux partis religieux et à l’extrémisme musulman n’a jamais été aussi bas – et semble avoir éclaté en plus petits groupes extrémistes qui commettent des attaques terroristes à petite échelle. L’écart croissant des revenus restera un facteur clé qui alimente le terrorisme et attise l’intolérance religieuse envers les groupes non musulmans.

L’Indonésie a dû souvent faire face à des mouvements séparatistes dans plusieurs provinces depuis son indépendance en 1945. Bien que les questions du Timor oriental (indépendance) et de l’Aceh (large autonomie) aient été résolues voici plusieurs années, l’Indonésie est toujours confrontée à une pression autonomiste de longue date en Papouasie occidentale. Cette année, les affrontements avec d’importantes forces militaires indonésiennes se sont multipliés et la situation de sécurité s’est détériorée, en particulier après l’assassinat d’un leader indépendantiste papou. Le pouvoir indonésien et la répression violente sont de plus en plus contestés localement, et les tensions persisteront jusqu’à ce que les Papous obtiennent davantage de pouvoirs.

Une activité économique qui mollit, mais reste soutenue

L’économie indonésienne a remarquablement résisté à la crise économique et financière mondiale de 2008-2009 et demeure l’une des économies les plus performantes d’Asie et du monde. La croissance réelle moyenne du PIB indonésien en 2009-2011 (5,8%) a même été aussi soutenue qu’avant la crise sur le même laps de temps. Ces excellents résultats en des temps difficiles s’expliquent par une gestion macroéconomique en permanence stable et des fondamentaux plus solides, ce qui laisse une certaine latitude pour tempérer les chocs. Après avoir enregistré, l’année passée, la plus forte croissance du PIB  de ces 15 dernières années (6,5%), l’économie s’est ralentie en raison de la crise dans la zone euro et d’un contexte mondial morose marqué notamment par un tassement des demandes chinoise et indienne de produits de base indonésiens. Toutefois, l’impact négatif extérieur n’est pas d’une ampleur telle qu’il pourrait altérer considérablement des perspectives économiques comparativement brillantes. La résilience et la relative stabilité de l’Indonésie trouvent leur origine dans une structure économique plus équilibrée  qui – contrairement à de nombreux pays asiatiques – était moins tributaire des exportations vers les pays développés en crise en 2009 et nettement plus d’une demande intérieure forte qui est le premier moteur  de la croissance, vu qu’elle représente 60% du PIB.

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En attendant, le ralentissement des exportations et la montée en flèche des importations de biens d’équipement combinés au développement de la classe moyenne ont fait plonger le compte courant dans le rouge pour la première fois depuis 1997. Même si l’on anticipe que les exportations seront soutenues à long terme par l’accroissement de la demande de ressources naturelles indonésiennes venant de Chine et d’Inde (par ex. caoutchouc, charbon, huile de palme), le compte courant devrait rester en négatif, aux alentours d’un petit 2-3% du PIB, en raison de la dynamique d’investissements. Cette évolution n’est pas trop inquiétante en soi, étant donné qu’elle reflète principalement une voie naturelle d’augmentation des importations liées aux investissements qui visent à soutenir le développement économique futur de l’Indonésie. Le déficit s’explique toutefois aussi par le fait que l’Indonésie est devenue un importateur net de pétrole et de gaz suite à la baisse de la production pétrolière attribuable à des gisements qui arrivent à maturité et l’absence d'IDE dans le secteur pétrolier au cours des années 2000. Bien que ces derniers se soient rétablis depuis 2011, le secteur du GNL – dont les réserves estimées se chiffrent à 50 années au niveau de production actuel – prendra progressivement une plus grande importance économique relative en termes d’utilisation intérieure et d’objectifs d’exportations (environ 10% des exportations mondiales de GNL).

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Des besoins de financement extérieurs à satisfaire dans un contexte mondial d’incertitude

Pour ce qui est de combler le trou de la balance des paiements, les besoins de financement extérieurs devraient être satisfaits au cours des prochaines années par des flux d'IDE attirés par des perspectives de croissance élevée et des opportunités d'investissement. Par conséquent, les autorités indonésiennes devront continuer d’attirer d’importants IDE qui prennent une place de choix dans le compte financier de l’Indonésie et lui confèrent davantage de résilience vu leur nature de plus long terme. Depuis 2010, les chiffres des IDE ont été très bons : les entrées ont atteint un montant record de 20 milliards USD (soit un peu plus que l’Inde) en 2011 – principalement dans l’industrie des produits de base – et elles continuent d’afficher une tendance haussière cette année. Toutefois, les développements futurs pourraient dépendre en partie de la position du gouvernement envers les IDE, étant donné que ses dernières interventions à ce sujet ont été plus nationalistes (par ex. réduction de la propriété étrangère dans le secteur minier,  embargo sur les exportations de métaux bruts, cuivre, or et charbon de faible qualité à partir de 2014), soi-disant pour préserver les ressources naturelles et faire face aux besoins intérieurs. Il faut assurément espérer que les autorités rétabliront l’équilibre afin d’éviter de décourager les indispensables investissements étrangers.

L’économie indonésienne est confrontée à deux risques baissiers : un recul prononcé de la demande chinoise de matières premières (avec des répercussions indirectes sur les prix mondiaux et directes sur les exportations indonésiennes vu que la Chine est le second marché d’exportation du pays) et une fuite des capitaux à court terme vers des refuges plus sûrs. Pour compenser l’effet déstabilisateur d’exodes de capitaux, outre une stimulation des IDE, l’Indonésie pourrait toujours avoir recours à ses réserves de change ou, si nécessaire, solliciter le fonds multilatéral CMI (Chiang Mai Initiative ) : 240 milliards USD mis dans un fonds commun par les pays asiatiques ASEAN+3. Si l’on se tourne vers l’avenir, le creusement modéré du déficit du compte courant et l’aversion accrue au risque témoignée par les investisseurs, qui ont provoqué à ce jour en 2012 une dépréciation de plus de 5% de la roupie par rapport au dollar US, devraient maintenir une certaine pression baissière sur la monnaie locale.

L’inflation a pu être maîtrisée ces dernières années en dépit de poussées sporadiques en périodes de surchauffe. Alors que les conditions économiques sont moins optimistes et davantage incertaines, la politique monétaire doit maintenir l’inflation dans la fourchette cible de 3,5-5,5% à moyen terme. Les principales pressions inflationnistes viendront d’augmentations des prix des denrées alimentaires et de hausses des prix pétroliers sur le marché intérieur, reflétant l’augmentation des prix pétroliers mondiaux ou des tentatives de réduire les subsides énergétiques.

La discipline fiscale est payante, mais d’autres réformes s’imposent

L’état de santé des finances publiques n’a cessé de s’améliorer grâce une discipline budgétaire permanente qui a permis de réduire considérablement la dette publique de manière constante depuis 1999, de 92% à 24,5% du PIB en 2011, une tendance baissière qui devrait se poursuivre. Les perspectives sont également favorables pour une position budgétaire stable, avec un déficit modéré (autorisant une certaine impulsion fiscale en 2012) et des charges d’intérêt qui sont tombées de 11,3% en 2009, à 8% du total des revenus. Ces résultats, couplés à l’embellie des perspectives pour les finances publiques, ont permis à la dette souveraine indonésienne de récupérer son « investment grade » auprès des agences de notation, un statut qu’elle avait perdu pendant la crise asiatique.

Le seul aspect sur lequel les autorités doivent davantage mettre l’accent est une réforme fiscale visant à renforcer une base de recettes publiques structurellement faible à seulement 16% du PIB, ce qui est très insuffisant pour une grande économie vu l’ampleur de ses besoins en matière d'infrastructure et de services sociaux. Du côté des dépenses, on note le problème persistant des subsides énergétiques élevés (3,4% du PIB et 20% des dépenses totales). Étant donné que les tentatives de les réduire sont souvent vouées à l’échec en raison de leur impopularité, la vulnérabilité aux fluctuations de prix des matières premières persistera.

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Les perspectives prometteuses à long terme pour l’Indonésie, avec une croissance moyenne prévue du PIB de 6,5%, reposent sur un énorme potentiel de croissance soutenu par un dividende démographique (avec une moitié de population relativement jeune qui se classe au quatrième rang mondial), des taux d’épargne et d’investissement élevés et une économie diversifiée qui s’appuie sur une demande des consommateurs qui devrait continuer d’augmenter, et d’abondantes ressources. Toutefois, vu les incertitudes mondiales, le temps est venu de donner une impulsion au développement de l’Indonésie, en particulier en s’attaquant à la faiblesse en infrastructures (transport et alimentation électrique) ainsi qu’à la congestion dans les grandes villes et au transport. Avec une moyenne annuelle d’à peine 2-3% du PIB investis dans l’infrastructure, l’Indonésie se situe largement en-deçà des niveaux atteints par ses pairs dans la région (y compris l’Inde). Le « master investment plan (2011-2025) » de Yudhoyono revêt dès lors une importance vitale en vue d’accroître la productivité, la compétitivité et d’éviter une paralysie de l’activité économique due à la congestion. Étant donné que des plans gouvernementaux d’envergure se focalisent sur d’autres priorités telles que l’éducation, la santé et la réduction de la pauvreté, il faudra que les sources de financement privées contribuent dans une large mesure à la réalisation des objectifs officiels de croissance. Cela pourrait être ambitieux, vu les multiples obstacles qui parsèment l'environnement économique difficile de l'Indonésie (bureaucratie, corruption, difficulté d’acquérir des terrains, application de la loi incertaine,…).

Un secteur financier sain assombri par la contagion de la crise dans la zone euro

Le secteur bancaire indonésien reste solide et, hormis l’impact résultant du resserrement du crédit à l’échelle mondiale, il n’a pratiquement pas été affecté par la crise financière mondiale de 2008-2009. Les banques sont saines, ne dépendent pas des capitaux étrangers, sont suffisamment capitalisées, bien contrôlées, rentables et grevées d’un faible ratio de créances douteuses – à savoir moins de 2,5% du total des créances – en dépit d’un contexte économique plus morose. L’Indonésie peut dès lors envisager l’avenir avec optimisme, même si cet optimisme est mitigé par le risque de contagion de la crise de la  zone euro au secteur financier indonésien (notamment le marché obligataire) en raison de menaces de retrait de capitaux étrangers. En outre, la croissance du crédit bancaire, qui s’élève à plus de 25% par an, pourrait s’atténuer si le ralentissement économique devait se poursuivre, avec un risque d’une détérioration de la qualité des créances qui engendrerait inévitablement un accroissement des créances douteuses. Il est probable que sur le moyen à long terme, l’expansion économique rime avec un élargissement et un approfondissement du secteur financier ainsi qu’un taux plus élevé de pénétration du crédit vu que l’intermédiation financière demeure relativement faible.

La dette extérieure semble viable

Hormis en 2009, quand il a progressé pour la première fois depuis 2001 suite au ralentissement économique mondial et à la forte dépréciation de la roupie, le ratio dette extérieure/PIB de l’Indonésie se maintient dans une tendance baissière. L’évolution de la dette extérieure a été favorable au cours des dix dernières années grâce à la vigueur de l’activité économique, aux prix élevés et à la demande soutenue des matières premières, ainsi qu’en moyenne, à la relative stabilité de la roupie. En 2011, les ratios de la dette extérieure ont ainsi chuté à 26,6% par rapport au PIB (soit une diminution de moitié depuis 2004) et à 98,7% par rapport aux recettes d’exportation (-20% depuis 2009). Même si ce dernier ratio pourrait augmenter quelque peu en raison de moins bonnes projections de croissance des exportations, l’encours de la dette extérieure restera viable à moyen et long termes. Les prévisions de croissance économique soutenue et les importantes entrées de capitaux escomptées, non génératrices de dettes, contribueront à maintenir la dette extérieure de l’Indonésie dans des limites gérables même si le pays doit faire face à des chocs extérieurs.

La liquidité extérieure de l’Indonésie s’est encore améliorée suite aux niveaux records atteints par les réserves de change qui ont dépassé le seuil des 100 milliards USD en 2010 et se sont maintenues au-delà par la suite. Leur montée en flèche (+65% de fin 2009 à l’été 2012), alimentée en partie par d’importantes rentrées d’IDE, permet une couverture des importations de cinq mois qui devrait diminuer progressivement dans le futur, du fait de la hausse prévue des importations. La position de liquidité extérieure est assez confortable, vu que les réserves de change peuvent couvrir deux fois la dette à court terme – qui est pourtant passée à près de 25% des exportations – et plus de quatre fois un service de la dette modeste. Le ratio par rapport aux recettes d’exportation a été stable ces dernières années, aux alentours de 13% de moyenne, et devrait le rester dans le moyen à long terme.

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Perspectives de risques

Malgré d’importants chocs extérieurs depuis 2008, l’économie indonésienne a apporté la preuve de sa résilience et a mis en évidence la réduction de ses vulnérabilités, fruit du renforcement constant de ses fondamentaux et de la recherche de la stabilité macroéconomique. Par conséquent, en dépit d’un climat mondial marqué par plus d’incertitudes, d’un ralentissement de la demande chinoise et de la crise de la zone euro qui sont considérés comme les principaux risques futurs, les classifications de risque de l’Indonésie devraient rester stables.

Analyste:The Risk Management Team, r.cecchi@credendogroup.com