Facteurs de risque et perspectives

Le mandat présidentiel fort d’Aquino est de bon augure pour la stabilité politique et les progrès dans la lutte contre la pauvreté et les problèmes de corruption, alors que l’incertitude mondiale prévaut sur le plan économique. Les exportations nationales de produits électroniques sont affectées par la morosité de la conjoncture. La diversification économique et géographique ainsi que les envois de fonds substantiels des émigrés qui alimentent la consommation des ménages sont susceptibles d’atténuer l’impact de la crise de la zone euro et de l’atterrissage en douceur de la Chine sur la balance des paiements courants du pays. Le niveau record des réserves de change représente également une sécurité enviable contre les chocs exogènes. L’économie philippine sera en outre soutenue par un panachage de politiques économiques stimulantes associées à un renforcement des investissements dans les programmes sociaux et les infrastructures. Grâce à une gestion macroéconomique adaptée, la dette publique a été quasiment divisée par deux depuis 2003, mais Manille doit poursuivre sa consolidation budgétaire. Par ailleurs, le rapatriement des capitaux par les banques européennes constitue le principal risque de dégradation du secteur bancaire national.

Faits & Chiffres

Forces

  • Résilience de transferts de fonds substantiels des travailleurs émigrés
  • Solidité de la balance des paiements
  • Liquidités externes abondantes
  • Main-d’œuvre flexible et qualifiée

Faiblesses

  • Croissance limitée par le déficit d’infrastructures, la faiblesse des investissements et du taux d’épargne
  • Vulnérabilité à la demande étrangère de produits électroniques
  • Pauvreté élevée persistante
  • Faiblesse de l’assiette fiscale

Principaux produits d’exportation

  • produits électroniques (35,5% des recettes courantes), services aux entreprises (9,5%), tourisme (3%), vêtements & accessoires (1,9%), huile de noix de coco (1,4%)

Groupe de revenus

  • revenus moyens inférieurs

Revenu par habitant (USD)

  • 2 060

Population

  • 93,3 millions d’habitants

Description du système électoral

  • élections législatives : tous les 3 ans; prochaines élections : mai 2013

Description du système électoral

  • élections présidentielles : mandat de 6 ans; prochaines élections : 2016

Président (chef d’État et du gouvernement)

  • Benigno Aquino III

Évaluation du risque pays

Le Président Aquino, une opportunité de promouvoir la stabilité et les réformes

En juin 2010, le leader de l’opposition Benigno Aquino III a été élu Président. Avec 42% des voix, soit le résultat le plus élevé de l’histoire du pays, il a remporté une victoire écrasante hors du commun. Son succès réside dans la popularité de sa défunte mère et ancienne Présidente Corazon Aquino, et exprime clairement le désir de changement de pouvoir après neuf ans de scandales de corruption sous le régime précédent de Gloria Macapagal Arroyo. Deux ans plus tard, Aquino demeure extrêmement populaire et investi d’un mandat fort pour se consacrer à ses deux principales priorités : la lutte contre la pauvreté et la corruption à grande échelle. L’absence de majorité au Congrès pour son parti libéral pourrait néanmoins faire obstacle à son programme de réforme, au moins jusqu’aux élections de mi-mandat en mai 2013.

Jusqu’ici, les mesures de répression de la corruption et de bonne gouvernance ont donné des résultats symboliques et entraîné la poursuite de dizaines de fonctionnaires, la destitution de M. Corona, président de la Cour Suprême (allié d’Arroyo) et l’arrestation de l’ancienne présidente Arroyo, accusée de fraude électorale. Ces condamnations vont inévitablement générer des tensions politiques et des relations difficiles avec les élites. Le succès considérable d’Aquino représente un jalon dans l’histoire politique des Philippines, souvent marquées par l’instabilité politique et les coups d’état. Même si la stabilité politique et la continuité de la politique adoptée devraient être assurés à moyen terme, les Philippines sont malgré tout confrontées à de fréquents actes de violence politique à l’échelon local.

Sécurité précaire à Mindanao

La sécurité reste précaire dans les provinces du sud (sur l’île de Mindanao) et de l’ouest, où sévissent des groupes militants aux exigences diverses, notamment davantage d’autonomie. C’est le cas de groupes terroristes tels que Abu Sayyaf, Jemaah Islamiya et le Front de libération islamique Moro (MILF). Ce dernier constitue le groupe le plus important de rebelles musulmans et représente la principale menace : enlèvements contre demandes de rançon, attaques de cibles publiques et affrontements sporadiques avec les troupes gouvernementales.

Des progrès ont été réalisés grâce à la poursuite des négociations de paix mais en dépit d’un accord récent, un compromis acceptable pour les deux parties pourrait se révéler délicat à mettre en œuvre. Il en va de même pour le groupe communiste NPA (New People’s Army), seul groupe actif dans tout le pays avec lequel les négociations de paix visant à mettre fin au conflit qui dure depuis des décennies ont jusqu’à présent abouti à une impasse. Même si le NPA s’est montré moins virulent ces dernières années, il représente un facteur d’instabilité, comme en témoignent les attaques occasionnelles de partisans du NPA contre le secteur minier.

La politique étrangère des Philippines se caractérise par une collaboration étroite avec son allié traditionnel, les États-Unis, en matière de lutte anti-terrorisme, ce qui permet également au pays de faire face à la volonté de la Chine de s’imposer en Asie du Sud-Est. La montée des tensions au sujet de la souveraineté des Îles Spratly l’an dernier et au sujet de la zone autour du récif de Scarborough dans la Mer de Chine du Sud à l’heure actuelle en témoigne. Les conflits territoriaux avec la Chine dans d’autres zones maritimes censées être riches en poissons et/ou en hydrocarbures devraient éclater à l’avenir et représentent un risque d’affrontements navals. Toutefois, ceci étant dit, les Philippines n’ont aucun intérêt à entrer en conflit avec leur troisième partenaire commercial.

Volatilité des chiffres des exportations et vigueur des fondamentaux économiques

Les fluctuations subies par l’économie philippine depuis la récession mondiale de 2009 ont mis en évidence le caractère cyclique marqué de ses exportations en cas de chocs exogènes. Après une forte augmentation du PIB en 2010, due au regain de confiance des consommateurs et au rebond des exportations qui a suivi une année 2009 très déprimée, l’économie philippine a été l’une des plus touchées par le ralentissement progressif en Asie jusqu’à la fin 2011.

La croissance du PIB a chuté de 7,6% en 2010 à 3,7% en 2011, essentiellement en raison d’un effondrement de 23% des exportations de produits électroniques dont les Philippines sont largement tributaires. Ces produits représentent 35% des exportations totales et pâtissent nettement du recul de la demande internationale en biens durables. Par ailleurs, les interruptions de la chaîne d’approvisionnement après les catastrophes naturelles de grande ampleur au Japon en mars 2011 ont affectéles filiales japonaises implantées aux Philippines dans le secteur industriel, ce qui a pesé sur le rendement économique.

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Par conséquent, la demande soutenue des consommateurs alimentée par les importants transferts de fonds des travailleurs à l’étranger et par une inflation plutôt faible a constitué le principal moteur de croissance, alors que le pays doit faire face à une détérioration de la conjoncture mondiale, qu’il s’agisse de l’impact de la crise de la zone euro sur les flux commerciaux, de la reprise fragile aux États-Unis et surtout de l’atterrissage en douceur de la Chine. Ainsi, même si les prévisions de PIB devraient atteindre en moyenne 4,5 à 5% à moyen terme et même si les Philippines recherchent de nouveaux débouchés, la question centrale est la résistance des exportations de produits électroniques dans un contexte probable de morosité économique prolongée. Compte tenu de la base d’exportations restreinte, l’accent est dès lors davantage placé sur le développement de secteurs prometteurs tels que le tourisme, l’agro-alimentaire et bien sûr l’externalisation des « processus d’affaire », appelée à poursuivre sa croissance rapide.

Vu l’évolution moins favorable du commerce, la balance des paiements courants s’est dégradée mais affiche toujours un excédent (le dernier déficit remonte à 2002) et devrait rester aux alentours de 2% du PIB dans les années à venir. Cette situation positive se maintient grâce à la compensation des envois de fonds des Philippins en provenance du marché américain surtout. Ces derniers ont augmenté de 7% en glissement annuel en 2011 et demeurent une source essentielle de recettes courantes pour le pays, puisqu’ils s’élèvent à 25% du total.

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En tant qu’économie ouverte, les Philippines sont aussi vulnérables aux sorties de capitaux provoquées par les turbulences en zone euro et le rapatriement des fonds par les banques. L’ampleur potentielle des répercussions du choc financier sur l’économie philippine devrait toutefois être atténuée par la solidité de la balance des paiements et la dépendance moindre vis-à-vis des financements externes.

Mesures de relance et réformes : la parade à la détérioration de la conjoncture mondiale

Les perspectives économiques des Philippines seront largement tributaires des performances économiques de ses principaux marchés (zone euro, États-Unis, Japon et Chine), et notamment de  l’avenir de la zone euro et de ses retombées. Néanmoins, grâce à de robustes fondamentaux, les pouvoirs publics disposent des instruments pour surmonter les chocs exogènes, comme nous l’avons observé  après la crise de 2008. Eu égard à la croissance modérée, un panachage de mesures stimulantes s’est imposé.

D’une part, les pouvoirs publics ont opté pour une détente monétaire puisque l’inflation diminue et devrait se maintenir aux alentours de 4% en moyenne dans les années à venir. D’autre part, le gouvernement a étendu son programme relatif à la sécurité sociale, avec une priorité accordée à l’éducation et à la réduction de la pauvreté, favorisant ainsi une croissance inclusive. Ces mesures sont d’une importance cruciale pour un pays caractérisé par l’une des populations les plus jeunes et les plus défavorisées d’Asie (environ 1/3 de la population se situe sous le seuil de pauvreté), et par de fortes inégalités de revenus qui freinent l’émergence d’une vaste classe moyenne.

Le programme ambitieux d’infrastructures (routes, lignes ferroviaires, aéroports…) visant à soutenir la croissance à moyen et long termes et à contrebalancer la baisse des exportations va également donner une impulsion. Les investissements publics structurellement faibles et la défiance des investisseurs privés envers les fonctionnaires corrompus ont entraîné un déficit d’infrastructures et un net retard par rapport aux autres pays de la région. La dynamique de réforme a renforcé la confiance des investisseurs, comme le montre la hausse des investissements d’infrastructures par le biais de partenariats public-privé, soutenus par un contexte plus favorable aux entreprises. Cependant, le processus doit s’intensifier, car les dépenses insuffisantes entretiennent un décalage substantiel entre les prévisions et la mise en œuvre.

Les plans à moyen terme pour remédier à la faiblesse des finances publiques

Le coup de pouce budgétaire à la croissance, via le programme d’infrastructures et la hausse des dépenses sociales, va de pair avec l’engagement du gouvernement en faveur d’une consolidation budgétaire à moyen terme. La viabilité des finances publiques constitue un de ses objectifs majeurs, dans la mesure où il s’agit toujours du principal point faible des Philippines sur le plan macro-économique. II faut reconnaître toutefois que grâce à la poursuite d’une gestion économique saine, la situation des finances publiques s’est améliorée au fil des années. L’ajustement budgétaire a déjà porté ses fruits puisqu’il a permis de baisser le déficit du secteur public qui s’élevait encore à 4% du PIB en 2010. Les pouvoirs publics privilégient l’amélioration de l’administration fiscale, l’augmentation des recettes fiscales et douanières, la lutte contre l’évasion fiscale et une meilleure maîtrise des dépenses (avec peut-être malgré tout des dérapages pendant la période précédant les élections de 2013).

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Mieux encore, le ratio de dette publique a fait l’objet d’une réduction constante depuis 2003 et se trouve presque divisé par deux, à 51,3% du PIB l’an dernier. Bien que le gouvernement soit déterminé à poursuivre cette tendance à la baisse, la dette publique s’élève encore à 280% des recettes.

Ce chiffre montre clairement l’insuffisance des recettes publiques et par conséquent, le fardeau élevé du paiement des intérêts, qui devrait engloutir 18,8% des revenus cette année. Un risque accru provient de la part considérable (plus de la moitié) de la dette publique libellée en devises, ce qui l’expose à une dépréciation du peso. Ce risque est toutefois limité par la balance des paiements robuste du pays, sa vulnérabilité moindre aux sorties de capitaux volatils et son potentiel d’attrait des IDE et des flux de portefeuille dans le futur, grâce au programme d’infrastructures, à l’amélioration de l’environnement des affaires, aux perspectives de croissance et à des rendements relativement plus élevés.

Un secteur bancaire renforcé face aux répercussions de la crise de la zone euro

Depuis la crise asiatique de 1997-1998, le système bancaire national s’est renforcé et assaini, si bien qu’il s’est trouvé peu affecté par la dernière crise financière. Il se caractérise par une liquidité accrue, repose sur de meilleures pratiques de gestion des risques, ce qui se traduit par un ratio de prêts douteux le plus faible depuis une décennie (environ 2% seulement du total des prêts en 2011), et dispose d’un système de surveillance optimisé. Les banques semblent assez résistantes pour surmonter des chocs exogènes tels que les turbulences en zone euro, du fait de leurs bilans plus solides et de leur faible exposition aux actifs libellés en euro. Les retraits de capitaux de la part des banques européennes pourraient néanmoins constituer un risque substantiel, puisque leurs prêts se montent à environ 10% du PIB. Parallèlement, les ratios de fonds propres Bâle III devraient être adoptés dès 2013, signe de la bonne santé du secteur.

Des liquidités confortables pour faire face aux chocs exogènes

Le risque financier aux Philippines est faible. Les ratios de dette extérieure ont régulièrement reculé depuis la crise asiatique, mais la tendance à la baisse s’est inversée avec la récession mondiale de 2009. Comparé au ratio dette/PIB de 37,4%, contre 82% en 1998, qui devrait encore diminuer lentement à moyen terme, le ratio dette/exportations devrait légèrement augmenter, passant de 87,3% en 2011 à 93,3% d’ici à 2015, en partie en raison du ralentissement de la croissance des exportations. Il n’y a toutefois pas matière à s’inquiéter outre mesure, puisque l’évolution de la dette est plutôt stable même en présence de chocs exogènes.

Les liquidités extérieures des Philippines n’ont jamais été aussi abondantes. Les réserves de change atteignent le niveau record de 66,28 milliards de dollars, ce qui permet de couvrir près de neuf mois d’importations et plus de quatre fois la dette à court terme. Les autorités monétaires disposent donc d’une marge de manœuvre pour faire face aux chocs exogènes, aux sorties de capitaux et à une forte dépréciation soudaine du peso, un atout précieux en période d’incertitude mondiale. Le service de la dette extérieure ne pose pas non plus problème, compte tenu d’un ratio dette/exportations modéré, inférieur à 10%, qui devrait par ailleurs rester faible dans le futur.

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Perspectives de risques

À court terme, les risques politiques et commerciaux sont susceptibles de s’aggraver en raison du ralentissement à l’échelle mondiale et des répercussions négatives de la crise de la zone euro. Toutefois, ces risques seront atténués par les fondamentaux robustes, les mesures de relance macroéconomiques et l’ abondante liquidité externe des Philippines.

Analyste: The Risk Management Team, r.cecchi@credendogroup.com